Muriel M.

sculptures
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OlokuN

Olokun ou La Mémoire des Abysses

Dans ma démarche de création, j'ai tenté de faire dialoguer la matière, le mythe et le vivant. En sculptant le visage d’Olokun, mon intention était de faire sortir de l’ombre une figure spirituelle universelle. Issu de la cosmologie Yoruba d'Afrique de l'Ouest, cet Orisha incarne les profondeurs insondables de l'océan, le gardien des secrets d'un monde originel et de ses richesses. En le coiffant de bleu et de cauris, j'ai voulu honorer ces codes ancestraux où le sacré et la nature ne font qu'un.

Mais cette œuvre n'est pas une simple célébration du passé. Elle est ancrée dans une urgence contemporaine violente.

Olokun se dresse ici comme une sentinelle blessée, le témoin millénaire d'un monde qui s'effondre. Le point de rupture de cette sculpture réside dans sa couronne : une véritable nageoire caudale de thon. Ce choix s'est imposé à moi comme un acte de résistance. En intégrant ce vestige authentique d'une vie marine fauchée, je refuse l’oubli. Je n'ai pas voulu que cet infatigable nomade des mers soit mort pour rien ; j'ai choisi de lui offrir une seconde vie à travers l'art. Ce fragment organique et brut transforme la sculpture en un mémorial, une relique moderne qui jette un pont direct entre la nature sacrifiée et notre conscience humaine.

À travers le regard de détresse et d’accusation de cette sentinelle des abysses, je souhaite confronter le spectateur. Le désarroi de cette divinité est le miroir de notre propre destruction. En lui donnant corps, je prête une voix à l'océan qui étouffe, pour que sa beauté ne devienne pas un simple souvenir et pour nous rappeler que détruire la mer, c’est condamner notre propre existence.

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