Muriel M.

sculptures
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Le Chant de la Terre et du Temps

Je suis née un 11 octobre 1958, peut-être sous l’étoile Alpha Pictoris (la plus brillante de la Constellation du Peintre). Ma mère aimait raconter que j’étais née un crayon entre les doigts !

Pendant de longues années, j'ai cru que mon univers s’épanouirait à plat. Les pinceaux et les pastels n’étaient alors que les prolongements naturels de ma main gauche, jetant des ponts colorés sur la blancheur du papier.

Puis, la Terre est venue à moi.

Ce ne fut pas une simple rencontre, mais une révélation vitale, un corps-à-corps charnel et voluptueux. Soudain, le pouvoir m’était donné de faire surgir des êtres du néant, de leur modeler un visage, de suspendre un mouvement, de leur insuffler une âme. Ce que j’exprimais autrefois en surface prenait enfin du volume, s’extirpait de la feuille pour habiter le monde. À la volonté de mes doigts s'est unie la fantaisie de la chaleur : cette divine surprise des couleurs au sortir du four, où la création naît de l'apprivoisement mutuel entre les sautes d’humeur de la matière et le désir du sculpteur.

Alors, j’ai sculpté. Trois décennies ont passé, mais dans mon cœur, l'horloge s'est arrêtée : j'ai l'impression que c'était hier.

Aujourd'hui encore, les visages et les corps semblent habiter mes mains avant même de naître ; ils glissent au bout de mes doigts avec la force d'une évidence. Cette nécessité de façonner n'a pas d'heure ; elle me saisit au cœur de la nuit comme au plein jour. C'est un besoin physique, une alliance sacrée avec mon regard intérieur. Mes mains savent ce que mon esprit a déjà vu terminé. Finalement, mes mains voient.

Vient ensuite le dialogue avec la terre. Une sensualité brute, mais aussi une lutte. Il m'arrive de pester, de me quereller avec elle lorsqu’elle se rebelle, casse, s’avachit ou se fendille. Elle sait être une ennemie redoutable. Pourtant, y plonger les doigts, en lisser la peau, la tordre et la faire vivre avec les outils reste une sensation inégalée.

Avec le temps, la technique a apprivoisé mes rêves. Ce que l'esprit voulait matérialiser devenait enfin possible. Alors, pour nourrir la sculpture, j’ai continué d’apprendre.

Pendant toutes ces années, le partage au sein de mon atelier « Le cercle des sculpteurs » a été mon plus beau miroir. En me confrontant aux désirs des autres, j'ai rencontré des défis que je ne me serais jamais imposés. J'ai grandi à travers leurs élans, mettant ma technique au service de leurs imaginaires.

Je ne m'impose aucun style, aucune prison esthétique. Quand je sens que j'ai fait le tour d'un concept, je pars explorer ailleurs. C'est ainsi que le Mali, au fil de fréquents voyages, a bouleversé mon regard. Je suis tombée amoureuse de la plastique des femmes africaines, de la noblesse de leurs gestes et de leur beauté souveraine, jusque dans les labeurs les plus rudes. Leurs silhouettes sacrées, je les rassemble aujourd'hui dans l'intimité d'un pain de grès qui, parfois, se fige dans l'éternité du bronze.

J'aime les corps, leur mystère, et je me plais à rêver d'une métamorphose : et si nous pouvions en changer au gré (au grès !) de nos envies ? Choisir le matin, dans sa garde-robe, l'enveloppe charnelle du jour... Alors, mes créations se parent de boutons et de fermetures Éclair, comme une invitation poétique à s'y glisser.

Enfin, mon quotidien est peuplé d'animaux. Il est juste et tendre qu'ils s'immiscent, de temps à autre, dans le secret de mon esprit et le désordre de mon atelier.

Toutes ces âmes de terre et de bronze, je les dois aussi à la complicité d'un artiste ferronnier. C'est son travail du fer qui offre à mes œuvres leurs socles et leur fière station debout.